• Frédéric Mathevet

Journal du cerisier II : Rudologie vocale



Tentative d'écriture de rudologie vocale. (work in progress)

QUERIES

Pour Choeur SATB librement inspiré du requiem athée de Michel Onfray (2013)

Queries est une pièce pour quatre voix. Elle est constituée de neuf fragments de céramiques et de plastiques ornés d’une partition dont la lecture est plus ou moins aisée en fonction des matériaux propres à chacun des fragments. La partition inscrite sur les fragments est reproduite au dos de ce mode d’emploi le plus fidèlement possible. On s’y référera autant que nécessaire pour préparer cette pièce.

L’ensemble des fragments est contenu dans une boîte en carton de 27x27x6 cm. Il s’agit d’un exemplaire unique.

Pour l’ensemble de la pièce, les interprètes suivront les remarques suivantes :

  • Les interprètes pourront adapter chaque portée à leur tessiture et donc à leur clé propre.

  • Si un fragment ne donne pas la possibilité de lire une syllabe qui est associée à une note, l’interprète chantera alors le nom de la note.

  • Sauf mention contraire dans les instructions des 10 parties que constitue la pièce, les bords du fragment, et donc l’arrêt brusque des portées, sont à considérer comme des barres de mesure : l’interprète s’il passe à la ligne suivante prendra le temps de respirer.

De la même manière, lorsqu’il changera de fragment.


Les quatre interprètes se placeront en demi-cercle derrière une petite table de 70 cm de largeur minimum sur laquelle seront posés la boîte et les différents fragments non utilisés.

Les interprètes portent des gants blancs.

Ils apportent la présente boîte sur scène, l’ouvrent et commencent la première partie :

A. ROUTINIST (tutti)

Largo

Meccanico, senza espressione

Il s’agit d’une entrée fuguée : la soprane choisit un fragment qu’elle retire de la boîte. Elle interprète ce qu’elle peut lire sur l’objet. Elle peut recommencer sa lecture si elle le désire, puis passe le fragment à l’alto qui va à son tour interpréter le fragment. Pendant ce temps, la soprane choisit un nouveau fragment qu’elle confiera à l’alto qui aura confié lui-même son fragment au ténor... etc. Et ainsi de suite jusqu’à ce que toutes les pièces soient sorties de la boîte et déposées aléatoirement autour de celle-ci, sur la table, par la basse. Tous les interprètes sont libres de recommencer la lecture d’un fragment, autant de fois qu’ils estiment que cela est nécessaire. Ils interpréteront l’intégralité des fragments et adapteront chaque ligne à leur clé propre.

La première partie se termine une fois que la basse a interprété le dernier fragment et qu’il l’a déposé sur la table.

B. HOST RESILIENCE (tutti)

Adagio

Più mosso

Chaque interprète choisit un fragment qui se trouve devant lui (la disposition proposée par la basse la partie précédente est déterminante). Les interprètes commencent leur lecture ensemble, mais ils chantent les notes sans se soucier du rythme. Ils étendent la/les notes jusqu’au bout de leur souffle. Ils respirent, posent le fragment, en prennent un autre et recommencent autant de fois qu’ils le désirent. L’un d’entre eux peut s’arrêter alors que les autres continuent. Ils feront varier les types de vibratos. Tout le monde repose la pièce sauf la basse.

C. LAUD GEAR (basse solo)

Andante

Delicatamente

Seule la basse a conservé le dernier fragment utilisé lors de la partie B. Il chante les fragments les uns après les autres, en adaptant chaque fragment à sa clé propre. Il ne chantera que les voyelles. Il peut épuiser les neuf fragments ou en faire une sélection. Il veillera toutefois à donner, quand il le souhaite, à la soprano et au ténor une pièce qu’il aura lui-même interprétée.

Il commencera par une voix blanche qui deviendra de plus en plus gutturale pour arriver à une voix death growl, technique vocale employée dans le métal et le death rock : une voix caverneuse et gutturale. À mesure qu’il avance dans cette descente de la production de sa voix, il se souciera de moins en moins des nuances lisibles sur les fragments et chantera de plus en fort, jusqu’à la plus grande saturation à laquelle il puisse parvenir avec l’espace acoustique qu’il occupe. Le mouvement s’arrête lorsqu’il pense être arrivé au maximum d’intensité et de saturation possible.

D. EAR RUNTIME (duo soprano/ténor)

Largo

Appassionato

La soprane et le ténor disposent du fragment que la basse leur a donné lors de la partie C.

Ils alternent les phrases chantées comme s’ils se répondaient (antiphonie). Le ténor commence.

Ils peuvent :

– moduler la production du son en filtrant le son avec une main devant la bouche ;

– assombrir les fins de phrases en fermant progressivement la bouche ;

– prononcer fortement une consonne, sans se soucier de sa hauteur, mais en respectant le rythme.

Ils tenteront d’épuiser toutes ces possibilités afin de terminer cette partie.

Ils déposeront leur fragment sur la table une fois la partie terminée.

E. AERIAL SLIDE (tutti)

Largo,

Maestoso

Chaque interprète choisit un fragment. La basse bat la mesure soit à la noire, soit à la blanche.

Les interprètes répètent le fragment et se calent sur les variations de tempo proposées par la basse.

Les interprètes commencent avec une voix pharyngée qui deviendra de plus en plus blanche.

Lorsqu’ils ont répété trois fois leur fragment, ils font passer leur fragment à leur partenaire dans le sens des aiguilles d’une montre. Le mouvement se termine lorsque chaque interprète a chanté l’ensemble des quatre fragments.

Seuls la soprane et le ténor déposent le fragment qu’ils avaient sur la table.

F. FIRE OUTFORM (duo alto/basse)

Moderato,

Energico

Alto et basse commencent avec le fragment qu’ils ont dans la main à la suite de la partie E.

Ils répètent le fragment qu’ils ont dans les mains en faisant jaillir du plus profond de la gorge le son. Ils moduleront ensuite la localisation du son : de gorge, il deviendra plus buccal, puis résonnera jusqu’aux sinus frontaux et à la cavité nasale.

La partie se termine une fois l’ascension réussie. Ils peuvent recommencer, chercher, hésiter, déraper.

Ils posent les pièces sur la table.

H. AGE INDUS (tutti)

Moderato più mosso,

Alla marcia

L’ensemble désigne un interprète qui bat la mesure.

Toutes les pièces sont sur la table.

Les interprètes choisissent la pièce qu’ils veulent interpréter. Ils se rendent ensemble vers la table, choisissent ensemble dans une geste synchronisée une pièce. Recul d’un ou trois pas (en fonction de l’espace), toujours de manière synchronisée, et interprète « in tempo » le fragment. Ils retournent à la table, posent bruyamment le fragment et en choisissent un autre.

Il n’est pas nécessaire d’utiliser tous les fragments. Un fragment utilisé par un interprète peut être choisi par un autre à un autre moment. Un cycle utilisera au moins six fragments.

Les interprètes s’engageront dans un premier cycle :

Pour les deux premiers fragments choisis, les interprètes commenceront par une voix pharyngée, très rude qui jaillit de la gorge.

Ils évolueront vers une voix plus étouffée, plus gutturale, pour les deux seconds fragments.

Enfin, pour les derniers fragments, ils filtreront leur voix avec la main devant la bouche, et par des pulsations à la noir, à la croche ou à la double croche qu’ils taperont avec leur poing sur la poitrine de manière à faire hoqueter la production du son.

Puis les interprètent commence un nouveau cycle. Le mouvement doit contenir au minimum 3 cycles.

À la fin du mouvement, seule la soprane garde un fragment dans la main.

I. A RELAX TUNE (soprano solo)

Adagio,

Quieto

La soprane va interpréter six fragments minimum. Elle ne chantera que les voyelles. Elle imaginera son solo comme une archéologie du système de production vocale, privilégiant les sons qui mettent en avant les muscles respiratoires (poumons, diaphragme, côtes), pour moduler vers des émissions vocales qui privilégient le système vibratoire (larynx, glotte...) et arriver à des sons privilégiant le système résonnant (pharynx, cavité buccale, nasale cavité).

Elle pourra par exemple commencer par des sons fantômes, avec beaucoup d’air, des sons qui sont produits dans l’inspire et l’expire.

Elle pourra par exemple poursuivre en modulant ces premiers sons vers des sons de gorge, puis des sons ensuite susurrés.

Elle pourra par exemple terminer par des sons qui évolueront entre le fond de la gorge et la voûte palatale pour arriver vers des résonances dans les cavités du nez, puis du front.

Tous les choix qu’elle fera permettront une ascension verticale dans les moyens de production du son.

Une fois terminée, elle dépose le fragment sur la table.

J. SOUL BEAT (tutti)

Lento,

Con anima

Il faut comprendre le mot « soul » comme une référence à la soul music, celle-ci doit s’entendre dans la couleur de la voix et le swing appuyé du rythme, sans excès dans le jeu (pas de caricature).

On assombrira volontiers le son en fermant parfois les lèvres en fin de phrase.

La partie commence et se déroule de la même manière que la partie A. Cependant c’est la basse qui commence. Les pièces sont rangées dans la boîte au fur et à mesure.

Puis la boîte est refermée et les interprètes rejoignent leur place.

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