• Frédéric Mathevet

Note pour les recruteurs,...

..., les décideurs et toutes les personnes qui ont un petit pouvoir dans le champ des arts plastiques, qui évaluent des pratiques.

ou note sur la petite fabrique des charlatans.




"Bonjour xxx, merci de ta réponse.



Le plus violent n’est pas tant l’interface de galaxie que l’argument que j’aurais pu écrire tout seul et à l’avance. Et le problème pour moi, et pour lequel je sais que je resterai sans réponse est bien un problème de forme, d’ontologie de la forme et donc « plastique » et de plasticité. Elle concerne déjà la notion même de « profil », qui fonctionne par une série d’étiquetage et une mise en réseau de lexèmes discontinus qui orientent un champ de signification par contagion ou résonance plus ou moins heureuses des connotations des lexèmes choisis. C’est un outil descriptif que l’on peut considérer comme efficace, ce que je ne crois pas dans la mesure où les mots clefs sont choisis en amont de la description qu’on s’apprête à faire, donc un outil pratique à prendre ces désirs pour la réalité.


Mais admettons que cela soit la modalité choisie, où il y a, selon moi, problème et violence, c’est quand

1. cette méthode devient un agencement collectif d’énonciation, une machine abstraite, qui déresponsabilise une décision par l’apparence scientifique qu’elle se donne, alors qu’elle permet seulement de mettre en place des signes de reconnaissance d’une sphère auto-immune. Petite parenthèse, il n’a jamais été question d’envoyer un dossier artistique dans les documents demandés par le profil de poste ? Comment peut-on m’affubler de petites étiquettes pour qualifier ma pratique (grande violence ici) sans mon dossier artistique ? la googelisation remplacerait-elle le CV ? S’il y avait eu un dossier à envoyer, j’aurais pris soin de montrer mon appartenance totémique au groupe et classée selon les entrées faciles, mais attendues de « volume », d’« installation »…

2. Puis, cette méthode est particulièrement violente quand on détourne sa fonction descriptive, et que la grille (cela reste un ensemble de murs conceptuels qu’on monte) devienne un outil prescriptif (problème que l’on retrouve dans de nombreux corps de métier dans une acceptation non critique les modalités post-capitalistes de management). Nouvelle violence donc lorsque c’est cette grille qui vient écraser (comme on écrase des données) l’ensemble du dossier.

Le dossier, CV seul, témoigne d’un ensemble d’évaluations (par les paires, par la hiérarchie) qui ont déjà validé des compétences, de manière plus complète et avec des outils plus fins qu’une succession de hashtags : je ne peux entendre que je suis incapable d’enseigner le volume, le dessin et la peinture. Un professeur agrégé est évalué régulièrement tout au long de sa carrière sur ces compétences techniques, pédagogiques et didactiques. Et tout le travail rigoureux des inspecteurs, des professeurs d’université, etc. est escamoté par le dispositif du « profil ». Violence cette fois-ci pour l’ensemble des personnes qui ont fait ces évaluations et dont on ne reconnaît pas les compétences (rassurons-nous, ils ne seront jamais au courant). Je m’interroge donc sur ce pouvoir que s’octroie une commission de recrutement et qu’il serait bon de réfléchir la méthodologie employée qui ne peut être considérée comme anodine ou scientifique ou objective : comme tout agencement d’énonciation, c’est aussi une «mondiation » qui dit la manière dont on construit le monde, les scripts qu’on accepte, les formes que l’on fabrique… J’ai donc bien reçu le message.


Voilà en substance ce que je disais déjà dans mon précédent mail, certainement avec plus de virulence.


Maintenant, il n’est pas utile d’en discuter pendant des heures, les choses sont faites ainsi,

bien à toi,

fm "


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