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Winston Drop et les décohérents

« L’œuvre émerge dans un pli donné du temps et de l’espace. Elle est dans un état d’intrication que notre regard est en passe de faire disparaître. »

Winston Drop est un artiste écossais né en 1975.

Formé à la physique à l’Université d’Édimbourg, Winston Drop s’intéresse très tôt aux implications philosophiques de la mécanique quantique, en particulier au phénomène de décohérence. Dans le champ de la physique, cette théorie tente de décrire comment un monde microscopique régi par des effets de superposition et d’interférence peut conduire, à notre échelle, à des formes stables, localisées, apparemment classiques. Elle s’attache notamment à la manière dont les interactions avec l’environnement rendent progressivement inobservables certaines interférences quantiques. La décohérence ne résout pas à elle seule l’ensemble des problèmes liés à la mesure, mais elle offre à Drop un modèle pour penser l’apparition des formes, leur stabilisation provisoire et leur disparition.

Il fonde un groupe informel, les Décohérents, réunissant artistes et étudiants autour d’une série de manifestes pour un « art décohérent » : pratiques temporaires, contextuelles, non reproductibles.

Les actions ont lieu dans des friches industrielles, des espaces publics ou des sites naturels. Elles ne sont généralement ni annoncées ni documentées systématiquement.

Drop publie régulièrement des textes théoriques et des notes de travail où il propose d’envisager l’œuvre non comme objet stable mais comme événement transitoire.

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The Decoherents — Manifesto Series
Tracts diffusés par le collectif des Décohérents.
Documents théoriques et graphiques affirmant que toute œuvre apparaît dans un pli instable du réel et disparaît au moment même où elle est observée.

The Decoherents — Temporary Event Record
Formulaire administratif fictif utilisé par le Department of Decoherence pour documenter des événements artistiques instables, dont l’observation provoque généralement la disparition.

Manifeste II des Décohérents 

  1. Notre regard est situé sur le tranchant du procès de la signifiance. Voir, c’est déjà produire une forme de monde.

  2. Rien n’est essentiel. Toute forme est circonstancielle.

  3. Si l’art rend le réel lisible, alors les Décohérents cherchent son point de cécité.

  4. Le spectateur n’existe pas avant la rencontre. Il apparaît dans une coagulation provisoire entre un corps, un milieu et une circonstance.

  5. L’œuvre émerge d’un pli de l’espace et du temps. Vouloir l’indexer, la fixer ou la documenter revient déjà à constater sa disparition.

  6. Les apparences ne cachent rien. Elles sont le seul lieu où le réel se manifeste.

  7. Faire œuvre consiste à rendre sensible le tranchant où une forme apparaît et s’effondre simultanément.

  8. Les Décohérents déplacent l’anthropos. L’humain n’est plus le centre du dispositif.

  9. Le regard est une relique d’une mécanique ancienne. Les Décohérents travaillent dans son angle mort.

Version française établie par Frédéric Mathevet à partir des archives du collectif.

Publié dans :

Winston Drop et les Décohérents

The Gallery of Disquiet Press

Point Nemo, 2021

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