Zoràn Nadir

DALL·E 2022-12-01 19.06.34 - La photographie de Zoràn Nadir, un couple de poêtes contempor

Après avoir quitté l’est de l’Europe dans des circonstances secrètement gardées, ils ont décidé d’« occuper » une nouvelle langue «comme un virus ». Se considérant volontiers comme les Boileau-Narcejac de la poésie contemporaine, ils nous livrent une poésie à quatre mains, dont le leitmotiv est « Langage, dégage ! »

Malampia

 

L’après-midi était déjà bien avancée lorsque du sable et des scorpions emplis d’amertume me poussaient toute seule au fond de mon lit. Pour aboutir à ce succès, l’écoulement d’une pile de moteur d’une précision chirurgicale fut nécessaire. Durant ma crise, le spectacle le plus distrayant m’était donné par le monde politique dans sa remise en question du consensus libre-échangiste. Et l’Europe dans tout ça ? À moins de prendre la route du nord…

 

Il paraît qu’au nord c’est carrément davantage. Il y a même la neige.

 

Six moi pour l’écrire, et je suis perdue dans la contemplation de mon assiette. Il faut dire que je ne suis pas du soir. Pour les opposants trop blonds, trop pâles, trop fiévreux, la propagande est le phare des talk-shows d’un public captif.

 

Mon père est cadre dans le nucléaire. Pas Mozart, mais presque. Il laisse libre cours, avec humour et talent, à son mépris du régime. Moi je suis perdue dans un bon mètre quatre-vingt de paix dans le monde, ouverte à toute la France. J’essayais d’écrire, mais je n’arrivais même pas. Pas la peine de ridiculiser le réchauffement climatique, fierté de mes parents. Avec une pointe de regret, ou plutôt la nuit, je m’accrochais à eux comme un camion. « À croire qu’elle n’a que l’instant d’après pour parler souvent. » Disait ma mère. Je sentais bien qu’il existe des déclarations à l’emporte-pièce où tout le monde parle en même temps.

 

On attendait papa.

extract from L'autre saison.

Poèmes visuels

Metteur en scène

Sous la hache

Dont j’ai été l’objet

Mon destin

Soigneusement détourné

La mort glace

Et,

Mon papillon

Mangeons donc nos esprits de la sincérité irritée.

 

Par laquelle, Antilles, à fleurs mentales souvent superficielles, rend une étoffe dont les lumières sentent, par endroits, des grosseurs.

Lune

 

Autrement dit

La gardienne éclairant l’océan

Consciemment

Leurs noyaux, son environnement

Glissement

Venait peu à creuser l’outil,

Qui, suivant, bouche

est portée par huit.

Torse

L’exaltation retombée

sur les deux joues,

- dans le bas.

Il m’a demandé de la guerre.

Laide, vieille

la main, le pied.

Extrait de Dépossessions