• Frédéric Mathevet

Rusches (Sous les pommiers Ba)

Notes de recherche (extraits)_ résidence d'été Sous les pommiers Ba, Tourzel-Ronzières, Août 2021.

La Catarina et écusson de massacre. Vue de l'installation, Sous les pommiers Ba, 2021.

Tissus, cabochon, 11 points de suture, papier, laiton, dispositif sonore. 10X 15 cm

Bois, dispositif sonore. 19X16 cm chaque.




L’acte d’enregistrement est indissociable de cet autre moment, largement anticipé, qu’on appelle le « déruschage » et qui consiste à trier, classer, découper, filtrer parfois, l’ensemble des prises de son de terrain. Un moment long et souvent solitaire qui se fait dans un autre espace, souvent celui du studio, et qui va donner tout son sens à l’enregistrement sonore et le remettre dans une circulation signifiante. dans une pratique transdisciplinaire ce moment s'étend métaphoriquement à tout ce que je collecte au côté de mon micro. Les objets trouvés, les photographies, les notes de lectures...


Memento Mori, dimensions variables, 2021

Cassette, marbre.



Ces bouts de bande ou de data gravés dans la carte SD de l’enregistreur comme le fond des mes poches sont autant de ruines à l’envers (Robert Smithson vs Pierre Schaeffer), en attente des « constructions qui seront éventuellement construites ».


Déruscher l’enregistrement-cendre, l’enregistrement-tabernacle, l’enregistrement-gravats c’est d’abord s’orienter dans un dépotoir. C’est faire, par l’écoute, remonter à la mémoire à la fois l’appareil éclaté qui nous a permis de saisir ces cendres, et la mémoire musculaire et ostéopathique de ces postures délicates qui nous pliaient tout entier dans nos oreilles.

Le moment du dérushage est un moment d’anamnèse : ce n’est pas seulement une remémoration de la vision péripatétique du moment de la prise de son. C’est surtout l’occasion de trier des décombres sur des décombres, de classer les gravats et, où l’écoute, la coupe, le choix méticuleux du point d’entrée et du point de sortie du « fichier son » va déplacer la « capture » où l’« on parle de quelqu’un » (ou de quelque chose)à un enregistrement qui« parle à quelqu’un ». Une remise sur le chantier des sons dans un procès de signifiance à venir.


Préparation des 88 handmades sculptures. Le geste pianistique sert de point de départ pour 88 sculptures (dont 36 seront émaillées en noir) répondant à la déclinaison de 88 gestes sculpturaux apposés a de la porcelaine de Limoge)_ Work in progress



Conséquemment, il n’y a pas de fichier son qui puisse se lire d’un seul bloc, comme un seul signe, soit iconique, soit indiciel. Le « fichier son » résultant de l’anamnèse est un ensemble de signes mutables et labiles à facettes multiples, toujours disposé à prendre une signification différente à chaque écoute et à chaque écoutant. C’est la coupe, le cut et surtout le rapprochement de deux fragments, rendu possible par cette anamnèse, qui orienteront la signification de ces signes vagabonds.

Poème -tambour #6. Peau de bouc, encre, son, led. 100 X 75 cm.


Ce point de coupe n'est jamais seulement une incise. C'est un point à plusieurs dimensions qui pose en amont une adresse à quelqu'un, en aval une rencontre. Une gouttière où va se déposer l'accomplissement de vœux labiles, des ex voto en creux d'un autre monde sensible pouvant se faire. Parce que, conséquence rapsodique de ces coupes, c'est aussi le point où la langue achoppe.


Vu de l'installation (sortie de résidence)


Tourzel-Ronzières _ Août 2021



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