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DALL·E 2022-11-20 19.22.07 - Une photographie d'archive en couleur de Victor Noir lors de

Une des rares photographies de Viktor au travail.

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Je ne sais pas si cela a une quelconque importance, mais j’ai rencontré Victor (aka VKTNO, Crnoviktor, VictorNO, Nosoundsystem, viktorN !, Victor21 !... il multipliait déjà les signatures) au conservatoire. En effet, nous nous sommes liés d’amitié dans une classe d’électroacoustique, celle délocalisée (toujours), loin du cœur des enseignements musiciens. C’est la seule classe qui lui convenait, parce que marginalisée. Il n’avait jamais fait aucune sorte d’études artistiques (il avait un Bac L option Math, sans mentions, obtenu avec difficultés) et pratiquait pour lui autant le dessin que la peinture, l’écriture que la musique. Il devait ses connaissances en art à ses années de collège et de Lycée où il copiait ces fanzines préférés, ne jurant que par la B.D. franco-belge. Il se passionnait pour Moëbius, Comes, Cosey, et l’esprit de Fluide Glacial qui l’animait en faisait un joyeux drille qui n’hésitait pas à ruer dans les brancards d’un enseignement trop sérieux.

 

Comme musicien, c’était plutôt un bricoleur qui réalisait de petits montages sur des cassettes en samplant à qui mieux mieux les petits bouts de la musique industrielle qui le touchaient (Coil, Throbbing gristtle, …), mais il affectionnait aussi une musique plus populaire que j’ai appris à apprécier à ses côtés, jamais avares d’analyse (parce qu’il avait malgré tout une grande culture artistique)  : Mike oldfield (Tubular Bells), Cybotron (Cyber Ghetto), Can (Tago mago), Dead Can Dance (Spiritchaser), In The Nursery (Stormhorse), This Mortal Coil… Très adepte de l’échantillonnage et du Found footage, la culture du Hacking était aussi la sienne et il rêvait d’un monde copyleft sans auteurs et sans propriétés. Il trouvait le monde artistique trop guindé, pris dans une étroitesse conceptuelle qui brimait la création. Au contraire, il épousait l’idée de Matisse et il comprenait la nécessité de se couper la langue et militait pour une fulgurance sensible qui devait contenir son propos sans détours par de quelconques justifications. La théorie n’avait aucune prise sur lui et il refusait d’écrire.

 

Et puis Rimbaud le hantait. Il avait toujours les Illuminations dans ses poches (une édition usée à 10 francs des Milles et une nuits accompagnée d’Une saison en enfer). Il avait toute l’arrogance de la post-adolescence et sa part de romantisme exagéré. Alors, comme Rimbaud, Victor voulait voyager et quitter la cité qui l’avait vu grandir (et, qui effectivement, n’avait pas grand-chose à lui offrir sinon un monde sans désir, triste et vide). Dans une mise en scène ultime dont il avait le secret, il m’avait invité à le retrouver avant son départ pour me faire un cadeau. Du moins, c’est ainsi que j’ai reçu son geste, mais aujourd’hui avec le recul il me semble que ce don est une charge sans doute trop lourde pour moi, qu’il n’avait certainement pas anticipée. En effet, il me confia ce jour-là l’ensemble de son travail (qui tenait dans le coffre de la Peugeot 505 break qu’il venait d’acheter pour partir sur les routes) : des cassettes, des dessins, des peintures, des disquettes ZIP et des cassettes DAT. J’ai longtemps attendu pour me mettre à la tâche et remettre l’ensemble de ces archives dans un ordre plutôt incertain (il ne datait rien, travaillait vite toujours dans une urgence extrême).

 

Il me semble aujourd’hui qu’il est temps de témoigner de cette pensée que je juge aussi digne qu’une autre d’être partagée, et d’être à la hauteur de la mission qui m’a été confiée.

 

Je n’ai plus eu aucune nouvelle de Victor depuis.

 

Frédéric Mathevet 2022

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