FRÉDÉRIC MATHEVET
Visual artist, sound artist, composer


Docteur es Arts (H.D.R), composer and visual artist Directeur artistique et scientifique du Groupe de Recherche L'Autre musique Artiste-chercheur associé à ACTH (art contemporain et temps de l'histoire) ENSBA de Lyon 19, chemin de la chabure 42400 Saint Chamond +(33)674518742



Démarche
Nous pourrions qualifier mon atelier de pluridisciplinaire : il brasse les sons comme les images, mêle arts plastiques et composition expérimentale, et engage une pensée du sonore et du musical au risque d’une plasticité qui tisse autant qu’elle parfile. Ce rapprochement (pluri, inter, trans, outre) ne repose pas sur une dichotomie facile qui trace des frontières entre les “disciplines”. Il vise au contraire à se désintoxiquer des discours prêt-à-porter de la recherche sur la création : ceux qui promeuvent des figures convenues, déroulent un fil déjà prêt, et reconduisent une économie de l’œuvre comme marchandise absolue.
Mon travail, au travers de sa matérialité et des motilités qui la sillonnent, rend tangible — de manière performative — des aspects de l’organisation sociale, des systèmes de pensée et d’action. Il interroge les constructions sensibles de notre société : nos cosmogonies modernes et ce que nous imaginons de l’univers et de notre place en son sein ; nos sphères sociales et notre manière de penser nos relations ; nos bulles d’intimité et ce qu’il en est de notre constitution comme sujet. Mes œuvres, souvent insinuées dans le quotidien, privilégient des formes labiles, mutables, à forte capacité de métamorphose : elles engagent le son (sa pratique comme son écoute) dans un questionnement sensible du monde, au présent comme il tombe.
À l’opposé du “supermarché du sensible”, je suis attentif aux rebuts qu’il charrie : fragments, déchets, morceaux lentement relégués au tréfonds de la mémoire collective. Si l’on laisse la possibilité d’une anamnèse, ces restes trouent le confort facile de nos sphères de reconnaissance auto-immunes. « Ausculter le grand cluster vivant » et « dérusher la bande d’enregistrement du réel » encouragent alors une pratique polyartistique itinérante, favorisant des processus d’écriture plastique : dispositifs réceptacles (Radiomaton, Pocket music), ré-écritures (Recept songs, Rec-U-aime), superpositions signifiantes (Crisis, Once upon a time Fukushima), ouvertures diagrammatiques des signes (partitions circonstancielles, études…) — bricolages faits de raccourcis, détournements, déplacements, condensations.
Ces opérations font de notre milieu naturel, social, mental — et des signes qui le traversent — un ensemble labile et mutable en perpétuel ré-agencement : une écopraxie plutôt qu’une écologie. Mon écriture plastique nomade propose des façons d’habiter un sensible local et relatif. La plasticité, indocile, remet sur le chantier les modalités d’habitabilité du monde : elle n’écrit rien dans le marbre, elle parfile les sphères fermées, casse les murs, nomadise l’oikos. Séjourner sur le seuil, c’est penser le monde non en termes de partitions au sens de découpes et de frontières, mais en termes de distributions — et faire de l’atelier un modèle de cosmopolitiques sensibles possibles.
Processus. Mon travail commence par un arpentage sonore et visuel d’un territoire : vagabondage en ville ou à la campagne, moment privilégié d’une re-subjectivation des signes du milieu. Les récoltes circonstancielles (enregistrements, images, objets) servent ensuite de point de départ à des pièces plus complexes, écrites dans l’espace et dans le temps. Le dérushage déterritorialise les matériaux et leur propose de nouvelles circonstances d’existence. Les nouvelles spatialités qui en résultent sont toujours envisagées comme un dynamisme où sons, actions, éléments visuels et matériaux se confrontent, se mêlent et se contaminent, dans des formes temporaires et labiles. L’écosophie n’est pas ici limitée à l’environnement : elle traverse l’ensemble des façons d’habiter — environnementales, sociales et mentales — et ouvre des brèches où les signes retrouvent leur arbitrarité, où le langage est remis sur le chantier, permettant de nouvelles interprétations et de nouvelles écritures collectives de nos milieux.

